Du fixing de Londres : comment se forme le cours quotidien de l’or.
La juste appréciation de la valeur de l’or, métal précieux entre tous, requiert une méthode rigoureuse et transparente. On observera que la place de Londres s’est, de longue date, instituée en arbitre de ce délicat exercice, par l’établissement d’un fixing dont la portée est universelle.
Le présent article s’attache à exposer avec méthode les ressorts du « fixing » de Londres, ce mécanisme par lequel le cours quotidien de l’or est établi sur la place financière britannique. Il importe de consigner les étapes historiques de cette pratique, les principes qui la régissent, et la manière dont elle concourt à offrir une référence stable et reconnue pour le négoce international de ce métal. On y détaillera l’évolution du protocole, depuis ses origines au début du XXᵉ siècle jusqu’à sa forme contemporaine, sous l’égide de la London Bullion Market Association, dite LBMA, et l’administration de l’ICE Benchmark Administration, dite IBA.
Du rôle historique de Londres dans le commerce de l’or
Depuis des siècles, la ville de Londres a consolidé sa place de comptoir d’échanges majeur pour les métaux précieux. Sa position géographique, son développement maritime et commercial, ainsi que l’établissement d’une tradition bancaire et financière robuste, ont fait d’elle un carrefour indispensable pour le transit et le stockage de l’or. Dès le XVIIᵉ siècle, l’on observe que les lingots d’or et d’argent affluaient vers la capitale britannique, en provenance des colonies et des diverses puissances productrices, pour y être fondus, affinés et négociés. Les orfèvres et les banquiers de la Cité ont, par leur diligence et leur probité, établi une réputation de fiabilité qui est demeurée inébranlable.
C’est dans ce contexte propice que les pratiques de cotation et de détermination des prix se sont affinées au fil du temps. Avant l’institution formelle du fixing, les prix de l’or étaient établis par des négociations bilatérales entre les principaux acteurs du marché, une méthode qui, bien qu’efficace pour les transactions directes, manquait d’une référence publique et universelle. La nécessité d’un prix unique, transparent et impartial, susceptible de servir de base pour l’ensemble des transactions mondiales, est devenue de plus en plus manifeste à mesure que le volume des échanges d’or s’accroissait et que les marchés devenaient plus interdépendants. La place de Londres s’est alors imposée comme le lieu naturel pour l’établissement d’un tel mécanisme, forte de son infrastructure et de son réseau d’acteurs de premier plan.
On notera que cette prééminence n’a jamais été remise en cause de manière durable, même au travers des grands bouleversements économiques et politiques des derniers siècles. La capacité de Londres à s’adapter et à innover dans ses pratiques de marché a permis de maintenir sa position centrale. Le présent recueil a déjà consigné l’importance de suivre le cours des métaux précieux, et il est patent que le fixing londonien est un pilier essentiel de cette observation.
De l’établissement du Gold Fixing et de son évolution
Le premier « Gold Fixing » officiel fut instauré à Londres le 12 septembre 1919. Il s’agissait alors d’une réunion quotidienne entre les représentants de cinq grandes banques de lingots, qui se tenaient dans les bureaux de N. M. Rothschild & Sons. L’objectif était de fixer un prix de référence pour l’or physique, en dollars américains et en livres sterling, par un processus d’enchères ascendantes et descendantes, jusqu’à ce que l’offre et la demande soient équilibrées. Ce prix, une fois établi, servait de point de repère pour les transactions effectuées par les acteurs du marché tout au long de la journée. Le processus, bien que simple dans son principe, nécessitait une coordination et une confiance mutuelle entre les cinq maisons fondatrices : N. M. Rothschild & Sons — qui en assurait la présidence —, Mocatta & Goldsmid, Pixley & Abell, Samuel Montagu & Co. et Sharps Wilkins.
Pendant près d’un siècle, ce système a fonctionné avec une remarquable stabilité, devenant le standard mondial pour la détermination du prix de l’or. Cependant, au début du XXIᵉ siècle, des voix se sont élevées pour demander une modernisation et une transparence accrue du processus, notamment en raison des avancées technologiques et de l’évolution des réglementations financières. En mars 2015, le système historique du London Gold Fixing — que la maison Rothschild avait présidé jusqu’à son retrait en 2004 — a été remplacé par un nouveau mécanisme, le LBMA Gold Price, administré par l’ICE Benchmark Administration (IBA), une entité indépendante et régulée. Cette transition a marqué une étape significative, passant d’un système manuel et semi-privé à une plateforme électronique plus ouverte et plus transparente.
Notre observation : Le passage du Gold Fixing traditionnel au LBMA Gold Price illustre une adaptation nécessaire aux exigences modernes de transparence et de régulation. Ce changement a permis de renforcer la crédibilité du prix de référence de l’or, en le rendant accessible à un plus grand nombre de participants et en garantissant une surveillance accrue des opérations, essentielle pour la confiance des marchés.
Le LBMA Gold Price, désormais, est déterminé deux fois par jour, à 10h30 et 15h00, heure de Londres. Ce double appel permet de refléter les dynamiques de marché matinales et après-midi, offrant ainsi une vision plus complète et plus réactive du cours de l’or. La dématérialisation du processus et son administration par une entité tierce ont contribué à consolider la position du fixing londonien comme l’étalon de mesure par excellence de la valeur de l’or sur la scène internationale.
Du protocole actuel du LBMA Gold Price
Le protocole du LBMA Gold Price, tel qu’il est en vigueur aujourd’hui, est administré par l’ICE Benchmark Administration (IBA) et repose sur une plateforme d’enchères électroniques. Ce système permet à un large éventail de participants, incluant des banques, des négociants et des affineurs, de soumettre des ordres d’achat et de vente pour l’or. Le processus est transparent et se déroule en plusieurs tours, jusqu’à ce qu’un prix d’équilibre soit trouvé, où la quantité d’or que les acheteurs sont prêts à acquérir correspond à celle que les vendeurs sont disposés à céder. Selon les informations publiées par l’IBA, le LBMA Gold Price est le prix de référence le plus largement utilisé pour le commerce mondial de l’or, un témoignage de sa robustesse.
Concrètement, l’IBA publie un prix de départ, et les participants ont la possibilité de soumettre des volumes d’achat ou de vente à ce prix. Si la demande excède l’offre, le prix est ajusté à la hausse ; si l’offre excède la demande, le prix est ajusté à la baisse. Ce processus itératif se poursuit jusqu’à ce que le déséquilibre entre l’offre et la demande ne dépasse pas un certain seuil prédéfini, généralement de l’ordre de 20 000 onces troy. Lorsque cet équilibre est atteint, le prix est « fixé » pour la session. Il est ensuite publié et sert de référence pour l’ensemble du marché.
La participation au LBMA Gold Price est ouverte aux membres de la LBMA qui répondent à des critères stricts de solidité financière et de conformité réglementaire. On observera que cette exigence assure l’intégrité et la fiabilité du processus, car seuls des acteurs reconnus et sérieux sont autorisés à y prendre part. La surveillance réglementaire de l’IBA garantit également que le processus est conduit de manière juste et non manipulable, renforçant ainsi la confiance dans le prix établi. Cette rigueur est fondamentale pour la crédibilité de tout registre de valeur.
« Le LBMA Gold Price est un benchmark transparent et fiable, qui permet aux participants du marché de fixer des prix pour leurs transactions. Sa gouvernance est conçue pour garantir l’intégrité du processus et la représentativité du prix. »
— Synthèse des principes de gouvernance publiés par la London Bullion Market Association (LBMA)
Le prix ainsi fixé est exprimé en dollars américains par once troy, mais des équivalents sont également publiés dans d’autres devises majeures, telles que l’euro et la livre sterling, afin de faciliter les transactions internationales. Ce mécanisme permet une grande flexibilité et une adaptation aux besoins des différents marchés régionaux tout en conservant une référence unique et universelle.
De l’influence du Fixing sur le cours de l’or et des standards de livraison
Le LBMA Gold Price exerce une influence considérable sur le cours de l’or à l’échelle mondiale. En effet, bien qu’il ne s’agisse pas du seul prix auquel l’or est négocié, il sert de référence pour une multitude de contrats, de produits financiers et de transactions physiques. Les banques centrales, les producteurs d’or, les affineurs, les joailliers, ainsi que les investisseurs individuels, s’y réfèrent pour évaluer leurs avoirs, exécuter des ordres ou établir des prix pour leurs propres produits. Sa publication bi-quotidienne offre une photographie fiable de l’équilibre entre l’offre et la demande à des moments clés de la journée de négociation.
Il importe de noter que le fixing ne se contente pas d’établir un prix ; il est également intrinsèquement lié aux standards de qualité et de pureté des lingots. La LBMA est également responsable de la gestion de la liste « Good Delivery », qui répertorie les affineurs dont les lingots d’or et d’argent sont reconnus comme conformes aux exigences de pureté, de poids et de dimensions requises pour les transactions sur la place de Londres. Ces critères sont d’une importance capitale, car ils garantissent l’interchangeabilité des lingots et la confiance dans la qualité du métal échangé. On pourra consulter avec profit le guide sur la LBMA Good Delivery pour une compréhension approfondie de ces standards.
Les lingots dits « Good Delivery » sont ceux qui sont acceptés pour le règlement des transactions et le stockage dans les coffres-forts des banques de lingots accréditées à Londres. Sans cette certification, un lingot, même d’une pureté élevée, pourrait ne pas être accepté au prix du marché et nécessiterait une vérification ou un affinage supplémentaire, entraînant des coûts additionnels. Ainsi, le fixing et les standards de bonne livraison sont deux piliers indissociables de l’intégrité du marché de l’or physique. Pour toute acquisition de lingots conformes aux standards établis, on pourra se reporter aux offres des comptoirs reconnus, tel Le Comptoir ↗.
En somme, le fixing de Londres, par son histoire, son protocole rigoureux et son administration transparente, demeure un instrument essentiel pour la détermination du cours de l’or et pour la confiance des acteurs du marché. Il est un indicateur précieux pour quiconque souhaite suivre avec discernement la valeur de ce métal précieux.